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Comprendre les mécanismes

Victimes invisibles : quand les hommes subissent aussi les violences conjugales

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Victimes invisibles : quand les hommes subissent aussi les violences conjugales

Il a fallu près de sept ans à Marc pour prononcer les mots « violences conjugales » devant un médecin. Sept années de humiliations verbales, d'objets brisés, de nuits passées à dormir dans sa voiture. « Quand je racontais, on souriait. On me répondait que je devais être difficile à vivre », confie-t-il. Son parcours n'a rien d'isolé : selon les données du ministère de l'Intérieur, plusieurs dizaines de milliers d'hommes déclarent chaque année subir des violences de la part de leur partenaire, qu'elles soient physiques, psychologiques ou économiques.

Un double silence, social et statistique

Si la parole des femmes victimes peine encore à se libérer, celle des hommes se heurte à un mur supplémentaire : l'incrédulité. Le stéréotype du « vrai homme » qui ne se laisse pas faire, la peur du ridicule, la crainte de ne pas être cru par les forces de l'ordre — tout concourt à maintenir ces victimes dans l'ombre. Les associations spécialisées, comme celles qui accompagnent les proches et les victimes au quotidien, constatent que beaucoup d'hommes appellent d'abord sous couvert d'anonymat, parfois pour un ami, avant d'évoquer leur propre situation.

Cette invisibilité a une conséquence concrète : le manque de structures. Alors que la France dispose de plusieurs milliers de places d'hébergement destinées prioritairement aux femmes et à leurs enfants, les offres spécifiquement pensées pour les hommes victimes restent rares, souvent limitées à quelques hôtels sociaux ou places négociées au cas par cas avec les préfectures.

Les mécanismes ne connaissent pas le genre

Pour les thérapeutes de couple qui reçoivent ces situations, une chose est claire : les ressorts de l'emprise sont les mêmes quel que soit le sexe de la victime. Isolement progressif de la famille et des amis, contrôle du téléphone et des finances, chantage affectif, dévalorisation systématique, menaces sur les enfants ou sur soi-même. La violence psychologique, souvent précurseure des passages à l'acte physique, s'installe par petites touches jusqu'à ce que la victime doute de sa propre perception de la réalité.

« Le point commun de toutes les personnes que j'accompagne, hommes ou femmes, c'est la honte », résume un thérapeute de couple rencontré pour cet article. « La honte de ce qu'ils subissent, mais aussi la peur de ne pas être crus. Chez les hommes, cette peur est démultipliée par le regard social. »

Des recours concrets, trop méconnus

Contrairement à une idée reçue largement répandue, les dispositifs de protection ne sont pas réservés aux femmes. Un homme victime peut, comme toute personne, se rendre au commissariat ou à la gendarmerie pour déposer plainte, solliciter un téléphone grave alerté, ou demander au tribunal judiciaire une ordonnance de protection. Le numéro d'écoute national 3919, bien que principalement orienté vers les femmes, oriente systématiquement les appelants hommes vers des lignes dédiées et des associations spécialisées qui ont essaimé ces dernières années dans plusieurs régions.

Plusieurs associations proposent ainsi des permanences téléphoniques, un accompagnement juridique et, dans certains cas, une mise à l'abri en hôtel ou en logement temporaire. Le 115 reste mobilisable en situation d'urgence, y compris pour un homme sans solution d'hébergement. Enfin, les médecins traitants, les centres médico-psychologiques et les services sociaux des conseils départementaux constituent des portes d'entrée souvent sous-estimées pour sortir de l'isolement.

Briser le tabou, une affaire de société

Reconnaître que les hommes aussi sont victimes ne diminue en rien la lutte contre les violences faites aux femmes : les statistiques montrent au contraire que la grande majorité des victimes de violences conjugales les plus graves restent des femmes. Mais ignorer une partie des victimes, c'est laisser un pan du phénomène prospérer dans l'ombre.

Parce qu'à l'abri de la violence, personne ne devrait avoir à se cacher, il est essentiel que chaque victime — femme ou homme — sache qu'une écoute existe, qu'un droit la protège et qu'une sortie est possible. Si vous êtes concerné ou si vous connaissez quelqu'un qui l'est, parlez-en : au 3919, à votre médecin, à une association près de chez vous. Le premier mot est souvent le plus difficile. C'est aussi celui qui ouvre la porte.

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